Produits structurés : ni boîte noire ni martingale

De 20 à 60 milliards d'euros en trois ans : les produits structurés sont devenus une lame de fond du marché français. Clément Lemaire (Irbis) et Jean-Olivier Ousset (Centre du Patrimoine, Epargnissimo) nous décryptent la classe d’actifs star des portefeuilles aujourd’hui. Verdict : ni opacité, ni miracle, mais un outil contractuel à manier avec rigueur et beaucoup de pédagogie.
La trajectoire est sans équivoque : 20 milliards d'euros de collecte en 2023, 40 en 2024, 60 en 2025. Quelle que soit la configuration de marché (haussière, baissière, sans tendance) les produits structurés s'invitent désormais dans toutes les allocations. Black box ou classe d'actifs mal comprise ? Sur Wave Online, Clément Lemaire (directeur général d'Irbis) et Jean-Olivier Ousset (dirigeant du Centre du Patrimoine et d'Epargnissimo) ont tranché et défendu pied à pied la transparence acquise par la classe d'actifs.
Anatomie : un contrat, quatre piliers
Le pitch est tenu en trente secondes parJean-Olivier Ousset : « Un contrat sur lequel tout est défini à l'avance. On connaît dans quel cas il est remboursé, sur quoi on est investi, dans quel cas on peut perdre. Une asymétrie entre garantie partielle ou totale du capital, et une performance qui ne sera pas totale sur l'actif. » Clément Lemaire structure : quatre piliers — durée, sous-jacent, risque, potentiel de gain. « C'est une obligation dans laquelle on a une composante optionnelle qui fonctionne ou non selon le scénario de marché. Ce n'est pas plus compliqué que ça lorsqu'on soulève le capot. »
La massification des dernières années : passage d'un produit de banque privée à un produit grand public ; repose sur deux ressorts. La personnalisation d'abord : fini les produits de gamme massivement distribués, place à des structurations sur mesure pour un pool de clients donné. La transparence ensuite : « Les structurés ont été la première classe d'actifs à transpariser les frais », rappelle Clément Lemaire. Un argument de poids dans un univers où la pression à la lisibilité s'accentue partout.
Le match avec les autres classes d'actifs
Position cartographiée par Jean-Olivier Ousset sur quatre fronts. Versus fonds euros : plus de rendement potentiel, mais liquidité partielle : la valeur liquidative reste « le point le plus complexe à appréhender pour un client final ». Versus actions : Clément Lemaire défend la complémentarité ; les actions créent la valeur dans la durée, le structuré sait performer dans les marchés difficiles via son asymétrie.
Versus ETF : « L'ETF est parfait pour capter un marché qu'on pense haussier. Le structuré est pertinent quand on veut construire un scénario, apporter une garantie en cas de baisse, ou sur des marchés hésitants avec un horizon défini. » Versus SCPI : les produits Phoenix peuvent distribuer un coupon périodique « comme un loyer », avec une liquidité supérieure à l’immobilier. Chez Epargnissimo, la part des structurés dans une allocation client tourne autour de 15-20 % maximum.

2026 : la montée des Phoenix, le débat décrément
Évolution structurelle du marché en 2026 : la montée des produits de rendement. Les Athéna (autocall classique) restent dominantes, mais les Phoenix prennent du terrain. « Les Phoenix distribuent un intérêt même en cas de baisse de marché », explique Clément Lemaire. La traduction d'un sentiment de marché : la prochaine décennie pourrait être plus difficile que la précédente. « Avoir les deux pattes : capital garanti et non garanti, Athéna et Phoenix, c'est ce qu'il faut prioriser aujourd'hui. »
Sur les indices à décrément, le débat se précise. Bien utilisés, ils permettent de financer de meilleures barrières et de meilleurs rendements. Irbis privilégie le décrément en points plutôt qu'en pourcentage : « Plus facile à comprendre pour un investisseur particulier, et on peut financer des protections 10 à 20 % plus basses. » Le point de vigilance : la cohérence entre le niveau de dividende fixé et celui réellement servi par les actions composant l'indice. Sur un secteur faiblement distribuant, il faut couvrir davantage que sur un secteur générateur de dividendes.
Le mot de la fin revient à Jean-Olivier Ousset, dans une formule qui résume bien la posture professionnelle attendue : « Le produit structuré, ce n'est pas la martingale, ce n'est pas un produit miracle. Ce n'est pas non plus une boîte noire. Il faut par contre regarder ce qu'il y a sous le capot. Notre devoir, c'est de ne jamais vendre un rendement sans parler du risque qui va avec. » Et la valeur liquidative, encore et toujours, comme épicentre de la pédagogie client.
POUR LES CGP • 60 milliards d'euros de collecte ne se trompent pas mais la classe d'actifs n'a pas le droit à l'opacité. Quatre piliers, contrats lisibles, pédagogie continue sur la valeur liquidative : c'est à ces conditions seulement que le structuré reste dans la panoplie.









