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3 Mondes, 3 voies face au triple choc inflationniste

Triple choc inflationniste, boom IA capturé par l’Asie, dollar en perte de vitesse : Vincent Chailley et Babak Arbrar dressent un bilan de mi-année sans équivoque et repositionnent les portefeuilles de manière historique.


Il y a 6 mois, H2O AM ouvrait l’année avec Lénine : "Il y a des décennies où rien ne se passe; et il y a des semaines où des décennies se produisent.". Cette citation est aujourd’hui dépassée. 2026 enchaîne les séismes, Vincent Chailley, directeur des investissements et Babak Arbrar, Chief Sales & Marketing Officer, en tirent une lecture macro en trois actes.

Un triple choc qui n’a pas de précédent

Tarifs douaniers, pétrole (en hausse de près de 70 %) et boom de l’IA : 3 chocs inflationnistes qui se cumulent. Le troisième est le plus vicieux. Contrairement au pétrole, il vient de la demande, donc ne s’autodétruit pas. Les entreprises américaines investissent à tour de bras dans une course où l’on ne s'arrête pas quand lesprix montent. Résultat : les composants s’envolent (x3 à x8), les délais de livraison taïwanais explosent, et ce choc dépasse déjà le pétrole en intensité.

Europe : dans les cordes

L’Europe encaisse. Elle a l’épargne pour tenir, mais aucun relais pour rebondir. La croissance, déjà modeste (1 à 1,5 %), est coupée en deux. L’opportunité est obligataire : Les obligations allemandes courtes offrent un potentiel réel, avec un possible pivot à la baisse si le ralentissement mondial s’accentue.

États-Unis : le grand pari

L’Amérique double la mise sur l’IA pour absorber le choc. Sans ces investissements, la croissance serait sous 1 %. Mais le point de départ est fragile : inflation à plus de 8 % en rythme annualisé, salaires à +3,5 %, épargne des ménages épuisée, Fed sans marge de manœuvre, État à la limite de sa capacité d’endettement. « Le marché a dit stop » : chaque nouvelle émission fait grimper les taux longs et neutralise l’effet de stimulation.

Le pari IA lui-même fait face à 4 obstacles :

  • coûts qui explosent (l’essentiel de la hausse des capex est liée à l’inflation),

  • concurrence chinoise déjà présente (DeepSeek est 20 à 50 fois moins cher),

  • profits circulaires à 85 % (interne au système, stable depuis 3 ans),

  • et des modèles interchangeables qui empêchent toute marge durable.

Le risque de récession monte.

Asie : la grande gagnante

L’Asie combine ce que les autres n’ont pas : capacité d’absorption et dynamique de croissance. Elle capte immédiatement 80 % des dépenses physiques du boom IA (composants, équipements). Les profits des fournisseurs ont été multipliés par 5 en un an. Et l’Asie ne tombe pas dans le piège de la surcapacité : elle monte les prix plutôt que les volumes, et quand elle investit, c’est aux frais du client américain. Le risque reste à l’ouest.

Les gains sont redistribués largement, dividendes, bonus, mesures fiscales, créant une dynamique économique durable. Et pour la première fois en 30 ans d’histoire chez H2O, les devises asiatiques (yen, won, dollar taïwanais) deviennent une conviction d’achat : les flux s’inversent, les banques centrales de la région remontent les taux, le dollar recule.

Positionnement

Europe : obligations (allemandes, courtes).
Asie et émergents : actions et devises en forte surpondération.
États-Unis : sous-pondération généralisée, actions (petites et moyennes valeurs), obligations longues, dollar.
Le billet vert a perdu ses derniers atouts défensifs. L’Asie prend progressivement sa place comme valeur refuge.

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